Le tertiaire n'est pas épargné. Dans le Baromètre 2024 de Santé publique France, télétravailleurs, employés et professions intermédiaires apparaissent davantage concernés par la survenue d'un épisode dépressif dans l'année. Et la part psychologique des arrêts longs culmine chez les cadres : 44,4 % en 2025.
Perspectives vous offre ce baromètre : un repère public et gratuit pour situer les transformations du travail en France, en lire les signaux et en mesurer les conséquences humaines et organisationnelles. Chaque chiffre publié ici a été vérifié à sa source.
Synthèse
Ce que le système dit, avant le symptôme.
Une organisation est un système vivant. Surcharge, tensions, ruptures : ce qu'elle traverse n'est jamais un fait isolé. C'est ce que le système donne à voir de lui-même. Ce baromètre rassemble, à intervalles réguliers, des repères vérifiés sur l'état du travail en France, pour situer ce que traverse votre organisation dans un mouvement plus large qu'elle.
Il ne mesure aucune organisation en particulier : il donne le contexte systémique dans lequel chacune s'inscrit. La santé mentale a été déclarée Grande cause nationale en 2025. Les chiffres qui suivent disent pourquoi.
L'état des lieux
Arrêts déclarés de 3,8 millions de salariés ; plus de 320 000 arrêts longs analysés.
Baromètre santé, édition 2024. Indicateur de contexte : population générale, tous milieux confondus.
Près de 2 000 entreprises, plus de 430 000 salariés, données DSN.
Durée moyenne observée dans le panel du secteur privé.
Les niveaux varient selon les panels : 5,1 % dans le panel WTW en 2024, 4,3 % dans le portefeuille Malakoff Humanis en 2025. La direction, elle, est commune : une hausse d'un quart à un tiers depuis 2019, portée par l'allongement des arrêts. Le coût global de l'absentéisme, charges directes et indirectes confondues, est estimé à plus de 120 milliards d'euros par an (estimation WTW, 2025). Chaque repère cite sa source, son année et son périmètre.
Trois courbes, une même direction
Un chiffre isolé peut toujours être discuté. Trois séries indépendantes, construites par des sources différentes, avec des méthodes différentes, sur des populations différentes, et qui montent ensemble : cela s'appelle un signal.
Chaque courbe conserve sa propre échelle et son propre périmètre : ces trois séries ne se comparent pas entre elles, elles convergent. C'est leur direction commune qui fait signal.
Un même indicateur, des expositions inégales
La part psychologique des arrêts longs ne pèse pas également sur tous. Elle culmine chez les cadres et chez les femmes. Ici, même panel, même méthode, même année : les écarts sont directement comparables.
Ceux qui tiennent l'organisation
Une organisation tient par ceux qui la portent : dirigeants, managers, encadrement de proximité. Et par ceux qui la rejoignent : les plus jeunes. Ce sont précisément ces deux appuis que les données montrent en tension.
Soutenir ceux qui portent n'est pas un supplément d'âme : c'est une fonction du système. Quand l'encadrement s'épuise et que les plus jeunes s'absentent, l'organisation perd en même temps ses appuis et sa relève.
Ce que les chiffres ne peuvent pas dire
Un salarié concerné sur deux n'ose pas aborder sa santé mentale dans son entreprise.
Ce chiffre est peut-être le plus important de cette page. Il dit que la donnée qui manque le plus aux organisations n'est pas statistique : c'est la parole. Un système ne peut pas lire ce qui ne peut pas se dire. Tant que la parole reste retenue, les tableaux de bord mesurent l'absence, jamais ce qui la précède.
Lire par secteur
La fréquence d'arrêt la plus élevée du privé : 53 % des salariés du secteur se déclarent arrêtés au moins une fois en 2025. À l'hôpital public, la durée moyenne d'absence du personnel non médical a atteint 35 jours en 2022 (29,9 en 2019), et le taux est repassé sous 10 % en 2023.
Une fréquence d'arrêt élevée : 48 % des salariés du BTP et 44 % de ceux de l'industrie se déclarent arrêtés au moins une fois en 2025. Mais là où une politique active de prévention est conduite, le taux descend : 4,2 % dans la construction du panel WTW en 2024. La prévention se lit dans les chiffres.
Cette section s'enrichira édition après édition, à mesure que des indicateurs sectoriels vérifiés seront disponibles.
Points de vigilance
Le burn-out
L'épuisement professionnel est largement documenté, mais aucune mesure nationale unique ne permet d'en donner une prévalence homogène et incontestable. Ce baromètre ne produit donc pas de chiffre artificiel : il suit les indicateurs qui en approchent les manifestations, souffrance psychique liée au travail, arrêts longs, troubles anxieux et dépressifs.
La dépression
Un épisode dépressif ne peut être attribué automatiquement au travail. Le chiffre présenté éclaire l'état général de la population adulte, dans lequel le travail s'inscrit sans en être l'unique cause.
Du chiffre à l'expérience
Les statistiques donnent une mesure. Elles ne disent pas, à elles seules, comment le travail devient inhabitable, ni comment une organisation laisse se constituer une rupture. L'épuisement engage les conditions concrètes d'exercice, les conflits de valeurs, les empêchements à bien faire son travail.
Chaque indicateur affiché sur cette page provient d'une source publique ou d'une étude privée de référence, et n'apparaît qu'après vérification. Les sources publiques sont privilégiées ; les études privées de référence sont toujours qualifiées explicitement comme telles, avec leur échantillon et leur périmètre. Quatre règles gouvernent cette page : chaque donnée cite sa source, son année et sa méthodologie ; les études privées indiquent en plus leur échantillon ; aucune donnée n'est publiée avant vérification ; la date de consultation des sources est conservée. L'ensemble des sources de cette édition a été consulté et vérifié le 21 juillet 2026.
- Source publique · Santé publique France, La souffrance psychique en lien avec le travail, programme MCP 2013-2019, Bulletin épidémiologique hebdomadaire n°5, mars 2024.
- Source publique · Santé publique France, Épisodes dépressifs : prévalence et recours aux soins, Baromètre santé, édition 2024 (publication novembre 2025) ; éditions 2017 et 2021 pour les évolutions.
- Sources publiques · ATIH, données ressources humaines des établissements publics de santé (2019-2022) ; FHF, enquête ressources humaines hospitalières, versant non médical, 2024.
- Étude privée de référence · WTW, Baromètre de l'absentéisme dans le secteur privé, 7e édition, septembre 2025 (données 2024) : 1 952 entreprises, 431 981 salariés, données DSN sur cinq ans.
- Étude privée de référence · Malakoff Humanis, étude Absentéisme, édition 2026, juin 2026 (données 2025) : arrêts déclarés de 3,8 millions de salariés, plus de 320 000 arrêts longs analysés, baromètre annuel déclaratif Ifop auprès de 3 000 salariés et 400 dirigeants.
Prévenir avant la rupture
Un système ne se rompt pas sans avoir envoyé de signaux. Arrêts prolongés, désengagement, conflits répétés, rotation accrue des équipes : la rupture est rarement la première information. Elle est souvent celle que l'organisation ne peut plus différer. Ce baromètre existe pour lire les signaux avant elle.
Deux dispositifs prolongent cette lecture. CARE écoute ce que le système dit. Praxis soutient celles et ceux qui le portent.